Et si le "Big One" avait lieu à Tokyo ?

Rapport intérimaire du 15 décembre 2004,
par un Groupe de Travail du Conseil Central pour la Prévention des Désastres

Quelles seraient les conséquences d'un séisme dont l'épicentre serait situé directement sous la métropole de Tokyo ?

Tous les médias japonais répercutaient ce 15 décembre 2004 les conclusions du rapport interimaire d'un groupe de travail 専門調査会 du Conseil Central pour la Prévention des Désastres 中央防災会議 ( "Central Disaster Prevention Council").

url : http://www.bousai.go.jp/jishin/chubo

Le "Central Disaster Prevention Council" dépend du Cabinet du Premier Ministre. Le groupe de travail est présidé par Mr. Shigeru Itoh 伊藤 滋.

Le groupe de travail a envisagé 18 scénarios, modulés en fonction des paramètres suivants :

Paramètre 1 : Type de séisme

  1. Un séisme de magnitude 7.3 entrainé par le choc dans la région du Kanto (le "grand" Tokyo) de la plaque tectonique de la mer des Philippines et de la plaque tectonique nord-américaine.

  2. Un séisme de magnitude 6.9 qui se produirait à une faible profondeur.

  3. Un séisme causé par une faille en activité.

Paramètre 2 : Épicentre

  1. Le nord de la baie de Tokyo, pour le 1er type de séisme.

  2. 10 endroits dont le centre de Tokyo pour le 2eme type de séisme.

  3. La faille de Tachikawa et 4 autres endroits pour le 3eme type de séisme.

Paramètre 3 : Heure et saison

  1. 18h00 en hiver.

  2. 5h00 en hiver.

  3. 8h00 en automne.

  4. Midi en été.

Paramètre 4 : Force du vent

  1. 54km/h, des conditions identiques au Grand Séisme du Kanto de 1923, dans Tokyo et sa région.

  2. 11km/h, des conditions identiques au Séisme du Hanshin de 1995, dans Kobé et sa région.

Les conclusions du groupe de travail sont qu'un séisme de type 2, de magnitude 6.9, qui aurait lieu à 18h00, en hiver, force du vent 54km/h, et dont l'épicentre serait situé dans la zone de la Mairie de Tokyo dans l'arrondissement de Shinjuku-ku, serait le plus destructeur, et entraînerait environ 12  000 pertes humaines dans la métropole de Tokyo et les préfectures de Kanagawa, Saitama et Chiba :

40% des victimes seraient des personnes âgées vivant seules et sans assistance. 

Si le même type de séisme avait lieu à 5h00 en hiver, force du vent de 11km/h, les pertes humaines seraient réduites à environ 5000 personnes :

Le risque d'incendie est très accentué dans le rapport et les experts estiment que dans un scénario de type 2, et une force du vent de 54km/h, il y aurait 2500 débuts d'incendie, dont 1200 seulement pourraient être repérés et maîtrisés. Les zones à forte concentration urbaine, où l'on compte de nombreuses maisons traditionnelles en bois, dans les arrondissements de Meguro-ku, Nakano-ku, Setagaya-ku et Suginami-ku, seraient particulièrement  à risque.

Les risques les plus importants d'effondrement de bâtiments auraient lieu dans la perspective d'un séisme de magnitude 7.3 dans le nord de la baie de Tokyo. Avec ce type de séisme, 650 000 bâtiments et habitations seraient détruits par le feu, et 150 000 s'écrouleraient.  On estime que 33 000 bâtiments seraient détruits dans le nord de la baie de Tokyo,  principalement les arrondissements de Koto-ku et Sumida-ku, en raison de la liquéfaction du sol, car beaucoup de nouvelle zones sont construites sur des sols fragiles occupés auparavant par la mer.

Globalement, le nombres de structures détruites s'élèverait à environ 850 000 à Tokyo, 9700 à Kanagawa et 8900 à Chiba.  

On calcule également que 110 000 murs en béton s'affaisseraient, et que 63 000 distributeurs automatiques de boissons se renverseraient, de même que 21 000 enseignes et autres objets tomberaient des bâtiments.

Pour ces simulations, le groupe de travail a utilisé une carte de Tokyo qui visualise km2 par km2 le niveau d'intensité sismique maximale par zone. Pour les arrondissements de Chiyoda-ku,  Chuo-ku, Minato-ku et Shinjuku-ku, les experts ont réalisé une échelle à 50 m2. Des simulations très précises ont aussi été réalisées pour la zone de Kasumigaseki, qui est le siège du gouvernement et des ministères, et l'Aéroport International de Narita (situé à 70 km du centre).

Dans la perspective d'un séisme en journée, on estime à 6,5 millions de personnes les populations qui ne pourraient pas retourner chez elles depuis leur lieu de travail ou leur école, en raison de la paralysie des transports :

C'est la premiere fois que le gouvernement japonais publie une étude de simulation d'un séisme 首都直下地震 dont l'épicentre serait la capitale.

On s'attend à ce que les conclusions du rapport final soient prises en compte pour la révision du dispositif de prévention et de gestion des désastres, dont la dernière mouture date de 1992, en particulier au niveau des mesures idoines à mettre en oeuvre pour protéger les infrastrucures vitales, ou "Lifeline", en japonais-anglais ("Japlish") : eau, gaz, électricité, téléphone, transports en commun, etc...

Le rapport final doit aussi intégrer la simulation économique d'une telle catastrophe. Les recommandations seront accompagnées de propositions d'incitations fiscales pour les acquéreurs d'habitations à normes anti-sismiques.

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